samedi 29 août 2026

ENARD, Mathias - La perfection du tir

La Perfection du tir par Enard
Tout est dans la concentration. Tout est dans la patience, le calme, la maîtrise du souffle. Les bons jours, un seul tir réussi - mais alors un tir parfait suffit à lui donner la joie du travail accompli. Alors, le narrateur redescend de ce toit d'immeuble où il s'était embusqué pour tuer - dans cette ville sans nom, de longue date livrée à la guerre civile -, et il rentre chez lui, retrouver sa mère à demi folle.
Puis survient Myrna, une jeune fille de quinze ans embauchée pour "garder" la mère malade. Myrna dont la naissante féminité devient pour lui un objet de fascination, un rêve d'amour - l'autre chemin vers la "perfection" ?
Mathias Enard décrit avec une saisissante empathie la psyché de son héros, complexe et perturbée. Le réalisme et la paradoxale poésie de sa langue reflètent la cruauté d'un monde abandonné au mal, sans autre bonheur que l'excellence dans l'art d'imposer inexorablement la loi de la force.

vendredi 21 août 2026

RUBEN, Emmanuel - Sabre

Sabre par Ruben
Trilogie familiale : Sabre, Les Méditerranéennes, Malville

Il était une fois. Comme dans tous les grands romans, c’est-à-dire qui sollicitent notre part d’enfance, cela commence par : « Il y avait autrefois dans la salle à manger des grands-parents, un sabre de modèle inconnu, que je n’ai jamais manié, jamais soupesé, pas même caressé. » Le revoilà, Samuel Vidouble, le narrateur, coincé dans une maison, poussiéreuse mais encore hantée par les fantômes d’une famille provinciale, calviniste, « sans histoires, sans qualités, sans titres de gloire », dans « un cul-de-sac de la France et de l’Europe », au bout d’une ligne de train improbable et nocturne, le revoilà, ce Samuel Vidouble, professeur d’histoire désabusé, et amateur de cartes de géographie, qui décide d’enquêter sur ce souvenir d’enfance, guidé par tante Esther, libraire à la retraite : « Où était-il passé ce sabre ? Et si je l’avais rêvé ? »
Ce n’est pas tant le sabre à la lame courbée, fêlée, couleur de Sienne, que les époques qu’il a pu traverser, les lignées d’hommes, de guerres, de morts, qui impressionnaient autrefois le jeune Samuel, lui qui appartient à la dernière génération ayant connu celles qui firent la guerre. Et puis à quel ancêtre revenait-il, ce sabre ? Qui était l’héroïque, ou au contraire, l’imposteur sans foi ni loi : VVRL, Victor Vidouble Rex Livorum ? Victor Vidouble roi des Lives, qui aurait jadis régné sur un archipel de la Baltique ? Un descendant d’huguenot confiné dans son pays de marais, d’étangs et de tourbières ? Un nobliau du XVIIIe siècle, amoureux des cartes de géographie, lui aussi, et qui mise sur elle pour l’arracher à sa province reculée ? Le baron Victor Vidouble de Saint-Pesant, mythe familial ou légende du grand dehors que les oncles-vétérans réinventent à tour de rôle, à la veillée ? Vaut-il mieux se vouer au réel, souvent décevant, que suivre l’aile de l’imaginaire, avec ses histoires d’îles perdues ou inventées ? À moins qu’une carte au trésor familiale nous permette de situer le lieu et l’époque d’où viendrait le fameux sabre ? 
Dans la lignée des autres livres d’Emmanuel Ruben, qui ont l’imaginaire et l’ailleurs au cœur de leur force, mais d’une puissance romanesque remarquable, d’une invention géographique drolatique, Sabre est le livre de la maturité. Un vrai roman picaresque qui tient des Aventures du Baron de Münchhausen autant que du Baron perché d’Italo Calvino. C’est un jeu de pistes vertigineux qui nous fait remonter le fil du temps jusqu’aux guerres napoléoniennes, et nous invite à un voyage baroque à la poursuite de chimères qui disent notre vérité.

mercredi 5 août 2026

ENARD, Mathias - Le banquet annuel de la confrérie des fossoyeurs

Le Banquet annuel de la confrérie des fossoyeurs par Enard
Pour les besoins d'une thèse sur « la vie à la campagne au XXIe siècle », un étudiant en anthropologie prend ses quartiers à La Pierre-Saint-Christophe, village fictif au bord du Marais poitevin, pour y observer les us et coutumes de ses pittoresques habitants - monsieur le Maire en tête, truculent patron de l'entreprise locale de Pompes Funèbres. Car ainsi va la grande Histoire : partout la mort saisit le vif - sauf pendant ces trois jours où elle marque une trêve, offrant un étourdissant répit à ses plus fidèles serviteurs : le banquet annuel de la Confrérie des fossoyeurs. Où l'auteur de «Boussole» (Prix Goncourt 2015) investit le terroir de douce France, explore les ressources de son Poitou natal, exhume des trésors de culture populaire, et donne libre cours à sa fibre comique.

dimanche 26 juillet 2026

LAFON, Marie-Hélène - Les pays

Les pays par Lafon
Claire, fille de paysans du Cantal, est née dans un monde qui disparaît. Son père le dit et le répète depuis son enfance : ils sont les derniers.Très tôt, elle comprend que le salut viendra des études et des livres. Elle s'engage donc dans ce travail avec énergie et acharnement. Elle doit être la meilleure. Grâce à la bourse obtenue, elle monte à Paris, étudie en Sorbonne et découvre un univers inconnu.
Elle n'oubliera rien du pays premier, et apprendra la ville où elle fera sa vie.
Les Pays raconte ces années de passage.

jeudi 23 juillet 2026

GAUDE, Laurent - Terrasses

Terrasses ou Notre long baiser si longtemps retardé par Gaudé
Vendredi 13 novembre 2015. Douceur automnale : ce soir pourrait avoir un air de fête. On rêve de ce que sera cette nuit qui s'ouvre. Deux amoureuses savourent l'impatience de se retrouver ; des jumelles se sont demandées où célébrer leur anniversaire ; une infirmière se promet le repos mérité. Un mari s'agace de devoir garder seul "la petite" - sa femme part écouter de la musique. Partout dans Paris, on va bavarder, trinquer, rire, danser. Et du côté des forces de secours et de l'ordre, rien n'annonce l'horreur imminente.Chant polyphonique, élégie narrative, "Terrasses" porte la parole de ceux qui ont vécu la joie puis la terreur, restitue les gestes, les regards échangés, la sidération partagée, offre à tous la possibilité d'un avant l'"après", dont le temps érode l'impossible oubli.

mardi 21 juillet 2026

YOURCENAR, Marguerite - L'oeuvre au noir

L'Œuvre au noir par Yourcenar
En créant le personnage de Zénon, alchimiste et médecin du XVIe siècle, Marguerite Yourcenar, l’auteur des Mémoires d’Hadrien, ne raconte pas seulement le destin tragique d’un homme extraordinaire. C’est toute une époque qui revit dans son infinie richesse, comme aussi dans son âcre et brutale réalité ; un monde contrasté où s’affrontent le Moyen âge et la Renaissance, et où pointent déjà les temps modernes, monde dont Zénon est issu, mais dont peu à peu cet homme libre se dégage, et qui pour cette raison finira par le broyer.L’œuvre au Noir a obtenu en 1968 le prix Femina à l’unanimité. Ce livre a été traduit en quinze langues.

dimanche 12 juillet 2026

BRASILLACH, Robert - Les sept couleurs

Les Sept Couleurs par Brasillach
En sept parties très détachées les unes des autres, Robert Brasillach relate avec beaucoup de sensibilité dans ce roman l'histoire de la jeunesse des années trente à travers trois personnages, une jeune fille, Catherine, et deux garçons qui se disputent son cœur, Patrice et François.Les sept couleurs permet, d autre part, de comprendre la séduction exercée par le fascisme sur une jeunesse à la recherche d'un idéal, plus portée sur le romantisme que sur le politique, et dont les préoccupations premières ne sont que le bonheur.

ENARD, Mathias - La perfection du tir

Tout est dans la concentration. Tout est dans la patience, le calme, la maîtrise du souffle. Les bons jours, un seul tir réussi - mais alors...