samedi 30 juin 2012

TEULE, Jean - Le magasin des suicides

‘Le Magasin des suicides' : un titre pour le moins surprenant, et un slogan en quatrième de couverture également surréaliste : ‘’Vous avez raté votre vie ? Avec nous vous réussirez votre mort !’’ En tout cas on peut affirmer que Jean Teulé, lui, n'a pas raté son roman. La mort et en particulier le suicide font partie des grands tabous de notre société occidentale, mettre fin à ses jours est synonyme de péché dans les grandes religions monothéistes. Dans ce livre, point de jugement de valeur, tout est pris à la dérision. On serait tenté de penser qu'au vu du sujet, il faudrait appréhender cette histoire au second degré... mais le premier fait déjà tellement rire ! Rien n'est glauque, bien au contraire et l'on passe son temps à sourire devant les différentes énumérations de suicides possibles, de la corde tressée main au cocktail-poison du jour, en passant par la pomme au cyanure ou encore le kit avec kimono et sabre pour un hara-kiri traditionnel ! Tous ces moyens sont proposés par la célèbre maison Tuvache où l'on conseille ces "clients à la mort" depuis dix générations. Règle d'or : ne jamais dire "au revoir" mais "adieu"... Cinq personnages composent cette famille atypique : les parents, professionnels, techniciens, commerçants ; l'aîné, dépressif chronique mais extrêmement "créatif" dans sa branche ; la soeur, archétype de l'ado mal dans sa peau, et enfin le petit dernier, véritable grain de sable dans ce commerce si lugubre : lui, voit tout en rose, c'est l'éternel optimiste. Il n'aura de cesse tout au long de l'histoire, de mettre son grain de sable dans ce commerce bien huilé d'articles pour autodestructeurs en puissance. Avec une ambiance à la famille Adams, au climat digne des 'Noces funèbres' de Tim Burton, Teulé donne l’envie de passer la porte de son 'Magasin des suicides' et nous fait passer celle de nous suicider...

samedi 16 juin 2012

XXI - N° 13 - Hiver 2011

  1. Le petit tailleur de Mussoorie
  2. Routards Inn
  3. Le « chien fou » du Cambodge
  4. Divine Birmingham
  5. La couveuse de Mantes La Jolie
  6. Une jeunesse américaine
  7. Les derniers français d’Algérie
  8. Le plein pays
  9. Enquête sur Matthieu Pigasse
  10. Entretien avec Imre Kertesz
  11. Les fermiers aux pieds nus
  12. « J’ai d’abord cru à une erreur »

dimanche 3 juin 2012

HORIE, Toshiyuki - Le pavé de l'ours

Le roman de l'écrivain japonais Toshiyuki Horie est-il une variation sur la fable de La Fontaine " L'ours et l'amateur des jardins ", où l'animal lance un pavé sur la tête de son ami le jardinier pour écarter une mouche, le tuant du même coup ? Nous y rencontrons deux amis, l'un français, l'autre japonais et traducteur, au moment de leurs retrouvailles en Normandie, et nous suivons leurs discussions et interrogations au gré de leurs pérégrinations au pays du championnat de lancer de camemberts. Mais nous voyageons aussi en compagnie d'Emile Littré, de Primo Levi ou de Jorge Semprun, dans ce récit composé au " fil du pinceau ", d'une fantaisie et d'une drôlerie remarquables, où se dessinent en creux des réflexions autour de la transmission de la mémoire familiale ou de l'utilité de l'amitié. Le pavé de l'ours, livre inclassable s'il en est, nous offre un moment de grâce littéraire absolue.

mardi 29 mai 2012

DOCTOROW, E. L. - Homer et Langley

Reclus dans leur maison de la Cinquième Avenue depuis la disparition de leurs parents en 1918, deux frères aussi cultivés qu'excentriques traversent le siècle en assumant une ardente vocation d'ermites, que viennent, à leur grand dam, mettre à mal deux guerres mondiales et de perturbantes irruptions, dans leur solitude, des multiples acteurs de la comédie humaine dont New York est le théâtre - avec ses immigrants, ses prostituées, ses gangsters et autres musiciens de jazz.
Pianiste aveugle passionné de musique classique, grand amateur de femmes, Homer est à peine plus raisonnable que son frère, Langley, esprit rebelle et farfelu, friand d'objets en tout genre - pianos, grille-pain, phonographes, machines à écrire, masques à gaz - qu'il amasse par dizaines au gré de ses lubies, allant même un jour jusqu'à assembler une Ford T dans leur salle à manger.
Soucieux de découvrir, en toute chose, son expression ultime, Langley, par ailleurs, classe et archive méthodiquement la presse quotidienne dans l'obsessionnel dessein de créer un journal au numéro unique, éternellement d'actualité, où se trouverait compilée la quintessence même de la vie.
Inspiré d'une histoire vraie - celle des frères Collyer, collectionneurs compulsifs retrouvés morts en 1947, ensevelis sous des piles de journaux et de livres -, ce roman drolatique, pétri d'humanité et porté par deux personnages dont la loufoquerie le dispute à l'humour, narre, à sa façon jubilatoire, l'épopée du matérialisme et de la solitude made in Usa.

jeudi 17 mai 2012

FERRIER, Mickael - Fukushima, récit d'un désastre

« On peut très bien vivre dans des zones contaminées : c'est ce que nous assurent les partisans du nucléaire. Pas tout à fait comme avant, certes. Mais quand même. La demi-vie. Une certaine fraction des élites dirigeantes – avec la complicité ou l'indifférence des autres – est en train d'imposer, de manière si évidente qu'elle en devient aveuglante, une entreprise de domestication comme on en a rarement vu depuis l'avènement de l'humanité. »

mardi 8 mai 2012

YATES, Richard - Onze histoires de solitude

Dans ce recueil de nouvelles écrites entre 1951 et 1961, Richard Yates, auteur de La Fenêtre panoramique, nous offre onze variations finement aiguisées sur le thème de ce mal intemporel et prosaïquement universel : la solitude. Solitude de l'enfant à l'école (" Docteur Jeu de quilles "), de l'homme à l'armée (" Quand Jimmy reverra sa brune "), solitude du couple ("Tout le bonheur du monde") et aussi celle des vieillards malades (" Fini l'an 'ieux, 'ive l'an neuf "). A travers ces incarnations, se dessine également le portrait d'une époque particulière de l'Histoire des Etats-Unis: celle où le rêve américain, qui semble à la portée du plus grand nombre, s'évanouit déjà pour certains. " Ceux qui réussissent ne m'intéressent pas ", disait Yates. Même si l'auteur, d'une certaine façon, s'est efforcé de ressembler à ses modèles, il n'en a pas moins été salué par ses pairs comme un maître de la peinture de la société américaine de la seconde moitié du vingtième siècle.

dimanche 6 mai 2012

LAMPEDUSA, Giuseppe Tomasi Di - Le guépard

Le Guépard est avant tout l'histoire d'un homme, Don Fabrizio, l'imposant prince de Salina aux yeux clairs et à la toison couleur de miel, qui trouve refuge dans son observatoire pour s'élever au-dessus des querelles et converser avec les étoiles. Nous sommes en 1860,Garibaldi vient de débarquer à Palerme, le vent révolutionnaire du Risorgimento agite la Sicile. DonFabrizio voit se défaire la rigueur de l'ordre ancien et assiste impassible à la ruine de sa classe. Lucide et désenchanté, il s'incline devant la force nouvelle qu'incarne son cher neveu, l'impétueux Tancredi, et c'est avec courtoisie, non sans humour, qu'il demande pour lui la main de la belle Angelica Sedara, fille de don Calogero dont le grand-père ne savait ni lire ni écrire.

ENARD, Mathias - Le banquet annuel de la confrérie des fossoyeurs

Pour les besoins d'une thèse sur « la vie à la campagne au XXIe siècle », un étudiant en anthropologie prend ses quartiers à La Pierre-S...